Sarkozy et Tchernobyl ...

Publié le par Le Palais Des Clowns

Alors que le nuage de cendres créé par l’éruption du volcan Eyjafjöll retient toujours scandaleusement en otage des milliers de passagers aériens dans toute l’Europe - avec des revendications peu claires -, d’un nuage à l’autre nous prend l’envie de vous parler de celui de Tchernobyl. arton1397.jpgEt d’un certain... Nicolas Sarkozy. Le rapport ? Une ligne de la biographie du président qui a mystérieusement disparu de la version officielle.

Lorsque le réacteur de la centrale de Tchernobyl explose, le 26 avril 1986, le futur président est alors simplement "Vice-Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, chargé de l’enseignement de la culture (1986-1988)", indique-t-elle. Fonction suivante : "Député des Hauts-de-Seine (6e circonscription) de 1988 à 2002". C’est là que se niche le trou, pour autant qu’un trou puisse se nicher. En avril 2007, le réseau Sortir du nucléaire publie un explosif communiqué de presse, sous le titre de Nuage de Tchernobyl : Nicolas Sarkozy doit s’expliquer : "A deux jours de la date anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986), le Réseau Sortir du nucléaire demande à Nicolas Sarkozy de s’expliquer sur son (in)action à propos des conséquences du passage du nuage de Tchernobyl sur la France et sur sa part de responsabilité dans le mensonge d’Etat qui a été mis en œuvre à cette occasion et par la suite. En effet, en 1987, quelques mois à peine après la catastrophe de Tchernobyl et la contamination de la France par le nuage radioactif, M. Sarkozy était Chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques au ministère de l’Intérieur". La source livrée est une biographie réalisée par L’Express, qui n’est plus en ligne aujourd’hui. Léger ? Le blog Culture critique mène l’enquête et ajoute d’autres sources : une autre biographie, celle du Who’s who, qui serait la source de L’Express, mais aussi les archives du ministère des finances. Le journal Le Monde en trouve même une autre : le site du ministère de l’Economie à l’époque où Sarkozy en détenait le portefeuille. On y lit en toutes lettres : "En 1987, il travaille comme chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques au sein du ministère de l’Intérieur". L’information est donc avérée, même si feu le quotidien de référence, en même temps qu’il en confirme l’exactitude, titre avec une hypocrisie consommée : Sarkozy et Tchernobyl : la rumeur qui court le Net. Il y a des gifles qui se perdent ! Toujours est-il qu’aujourd’hui, on ignore toujours quel fut le rôle exact du Sarkozy de 1987 en charge des risques chimiques et radiologiques. Il prend ses fonctions en mars et les occupera jusqu’à mai 1988. Trop longtemps après la catastrophe pour avoir eu à s’en occuper ? Pas si vite ! "En Belgique, la charge corporelle moyenne de 137Cs mesurée chez des adultes de sexe masculin a augmenté après le mois de mai 1986 pour atteindre sa valeur maximale vers la fin de 1987, soit plus d’un an après l’accident. Ceci reflétait l’ingestion de denrées alimentaires contaminées", précise Sortir du nucléaire. Pas de raison que la France, malgré la grotesque fable des pouvoirs publics voulant que le nuage ait contourné l’hexagone, fut mieux lotie que la Belgique de 1987 !

Si l’on ne peut, devant son refus de répondre, préciser l’action du chargé de mission de l’époque, on connaît par contre celle du ministère dont il dépendait (l’Intérieur), inscrite plus globalement dans le cadre de la politique de désinformation systématique des autorités officielles : "la France agissait au niveau européen pour empêcher que ne soient prises des décisions d’élimination des productions alimentaires contaminées", rappelle Sortir du nucléaire. Et sur l’évaluation de retombées radioactives, le "bilan officiel logotraduit soit une grave incompétence, soit une sous-évaluation délibérée", juge la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD), qui parle de "chiffres aberrants qui sous-évaluent d’un facteur 100 à 1 000 le niveau réel des retombées". La différence ? "à 400 Bq/m2, la contamination était insignifiante mais à 1 000 fois plus il était impératif de rechercher les zones et les groupes à risque car la contamination n’avait plus rien d’anodin : il fallait réfléchir aux mesures de protection à prendre", choses dont nos autorités se sont abstenues, mettant ainsi en danger les populations. Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD, fait le point dans Le Monde  : "du côté des ministères, y compris de l’intérieur, il y avait en 1987 la même désinformation qu’en 1986". Et le quotidien d’ajouter : "et que l’on continuait alors à couvrir le directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants), le professeur Pierre Pellerin, mis en examen en mai 2006". Peut-on imaginer une fraction de seconde que Sarkozy, en tant que Chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques au ministère de l’Intérieur, ne se soit pas à son échelle rendu complice de cette énorme entreprise de désiformation ? Poser la question revient à y répondre. Nous conclurons avec cette magnifique citation, reprise par Le Monde, de son discours à l’occasion d’une convention de l’UMP en octobre 2005 : "Il n’est pas normal, dans une grande démocratie comme la nôtre, que le secret continue de régir l’action de l’administration, et, à la vérité, des élus qui la dirigent. Des erreurs comme celles de l’amiante, le mystère qui entoure le trajet exact du nuage de Tchernobyl, ne sont plus acceptables". Sortir du nucléaire constate : "M. Sarkozy a occupé le poste de ministre de l’Intérieur de mai 2002 à mars 2004, puis de juin 2005 à mars 2007 : il a donc eu largement l’occasion de prendre connaissance des informations sur les conséquences du passage sur la France du nuage de Tchernobyl et de les rendre publiques. Il n’en a rien fait." Et depuis qu’il est président ? Non plus. Vive la transparence et l’honnêteté du chef de l’Etat ! 

 

Olivier Bonnet

Publié dans Magouilles

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