Enquête sur l'eau du robinet

Publié le par Le Palais Des Clowns

Merci au collectif Nos Libertés.

 

 



Excellente enquête de Sophie Le Gall sur le sujet de l'eau : pesticide, nitrate, nucléaire, aluminium, médicament.

Sélectionnée par Marie, pour le collectif "Nos Libertés”, le 26 mai 2010.

En complément : Interview de la réalisatrice du documentaire, réalisé par “Télérama” :

L'eau du robinet est un thème un peu terne, pas forcément accrocheur. Qu'est-ce qui vous a poussé à y consacrer une enquête ?

C'est un sujet quotidien et crucial, une question sanitaire essentielle, sur lequel on ne se pose pas vraiment de questions. On s'intéresse finalement plus aux scandales des organismes gestionnaires, publics ou privés, à la problématique du coût... Pour pouvoir rendre compte de l'étendue du sujet, de la variété des types de pollution existant, nous avons choisi de séquencer les 90 minutes d'enquête en quatre volets thématiques, chacun illustrant une nature de pollution différente.

Comment, justement, avez vous choisi ces quatre types de pollution ?

Evoquer les nitrates et les pesticides coulait de source, si je puis dire. C'est un mode de pollution des eaux qui touche depuis longtemps les zones de forte activité agricole et qui est largement connu et médiatisé. On parle souvent de la Bretagne et de l'algue verte, par exemple, mais il y a bien d'autres cas de figures. Nous nous sommes arrêtés sur l'atrasine, un pesticide interdit depuis 2003 mais toujours présente dans les sols, notamment dans la Beauce et la Brie. C'est une pollution assez classique, disons, liée à un modèle économique. L'aluminium, utilisé comme agent de blanchiment de l'eau, permettait de mettre en question le mode de traitement, parfois synonyme de pollution, ce qui est assez paradoxal. Puis, avec le radon — un gaz naturel radioactif —, nous voulions battre en brèche l'idée selon laquelle ce qui est naturel est forcément bon. Enfin, la question du rejet des médicaments dans les eaux usées interroge sur un phénomène émergent, dont on a pris conscience très récemment.

Le terrain d'investigation reste très large. Sur quelles études, quelles données, vous êtes-vous appuyée ?
Pendant huit mois, j'ai écumé les DDASS, à éplucher des données, des études... Il fallait tout synthétiser, recouper. Rien de global n'avait été fait. C'était un travail de fourmi...Très peu d'élus, très peu de consommateurs s'étaient intéressés à l'aluminium, par exemple. En 1998, “France-Soir” avait publié une enquête à ce sujet, vite oubliée. Le ministère de la Santé ne m'a apporté que des réponses partielles sur la question, vagues. Comme si ce n'était pas une priorité. Pourtant, plusieurs études (celles de Guy Berton, ancien directeur de recherches au CNRS, et du neurologue bordelais Jean-François Dartigues, notamment) incriminaient l'aluminium, comme élément déclencheur des maladies d'Alzheimer. En revanche, concernant les nitrates, les données des DDASS m'ont été d'un précieux secours. Un vrai travail de classement des analyses avait été fait, sur lequel j'ai pu m'appuyer pour faire réagir les différents acteurs de la distribution de l'eau. Pour le radon comme pour le chapitre sur les médicaments, nous avons suivi le travail de scientifiques : la CRIIRAD, commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité, et une équipe de chercheurs travaillant sur l'intersexualité des poissons de la Seine.

Outre le travail de fourmi requis pour obtenir des données, quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

L'un des soucis majeurs c'est la dispersion des responsabilités. Sur l'atrasine, on voit que les élus locaux sont souvent inconscients du problème, que les DDASS n'ont pour seule prérogative que de transmettre les résultats d'analyses constatés aux distributeurs, et que les préfectures temporisent, parfois depuis des années. Alors que l'eau, de l'avis des scientifiques, est impropre à la consommation. La chaîne des responsabilités fonctionne comme si les maillons agissaient isolément les uns des autres. Une fois toutes les informations récoltées, il a fallu incarner tout ça, inventer un fil rouge narratif. Car, à moins de filmer pendant une heure et demie un robinet qui coule, c'est compliqué à illustrer, l'eau. C'est assez aride ! Pour « emmener » un peu les téléspectateurs, nous avons mis en scène une mallette contenant des dossiers, que je transporte tout au long du documentaire.

Qu'attendez-vous de la diffusion de cette enquête ?

Nous l'avons vraiment pensée comme une mission de service public. La pollution de l'eau du robinet, ça touche potentiellement tout le monde. Pour cette raison, on est ravis qu'elle soit diffusée en prime time. Nous avons déjà perçu quelques effets, à différentes échelles, de notre travail. Par exemple, dans les relevés effectués par la DDASS de Haute-Loire, la présence de radon dans l'eau est désormais stipulée. Certaines communes ont substitué à l'aluminium d'autres types de traitement, certains maires ont pris conscience que l'eau distribuée dans leur commune présentait des risques et en ont informé leurs administrés.

Pour un première aperçu de la qualité de votre eau de robinet (sans les quantités d'aluminium, ni du radon, ni du polonium, ni des nitrosamines), on pourra consulter : le site du « ministère de la pharmacienne Bachelot ».

 

noslibertes.org

Publié dans Santé

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Crescendolls 20/05/2010 17:51


Je l'ai regardé sur F3 quand c'est passé cette semaine, c'est assez impressionnant !!!